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Quand la Suisse prépare

la finance de demain !

  • Banque & Finance - n°137 - Mai / Juin 2018
  • L'e-magazine de la place financière suisse
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Nous vous l’annoncions l’été dernier dans notre numéro “spécial 25 ans”, voici la version e-magazine de Banque&Finance. Elle sera désormais le cœur de notre rédaction, accompagnée ponctuellement d’une version print mise en kiosque lorsque le thème central le justifiera et, systématiquement, d'une version pdf téléchargeable. Exemple en septembre prochain avec la 7e édition de notre enquête “Les salaires de la finance suisse”. Cet e-magazine est une première dans la presse financière et probablement dans la presse suisse toute entière dans la mesure où il s’appuie sur les toutes dernières tendances en matière de création digitale, les PWA ou Progressive Web Apps.

Leurs caractéristiques? Offrir un site internet qui se comporte comme une app identique à celles que vous pouvez téléchargez sur l’App Store ou le Play Store Android. Mais là, plus besoin de disposer d’une tablette! N’importe quel ordinateur peut y accéder et profiter d’un affichage plein écran identique à une App classique. Le protocole sécurisé HTTPS vous met à l’abri de tout problème. Un accès offline est même possible et les mises à jour sont automatiques et totalement transparentes, ce qui n’est pas le cas des Apps traditionnelles. Enfin un système de notification nous permettra d’actualiser régulièrement les numéros et de vous en informer. Textes, images, vidéos, podcasts, cartes et graphiques interactives, tous ces éléments vont venir enrichir nos contenus et aller dans le sens d’un journalisme de référence moderne, proche de vos usages digitaux habituels tout en restant garant d’indépendance et de crédibilité.

Bonne découverte!

Focus

IFZ - Finnova FinTech Study 2018


Les quatre environnements décryptés


Dans l'édition 2018 de son étude annuelle, l'Institut für Finanzdienstleistungen de Zug (IFZ) s’est livré à une véritable analyse de l’écosystème FinTech en Suisse et donc des facteurs macro qui l’influencent. Il a alors dégagé quatre dimensions, politique et juridique, économique, sociale et technologique qu’il a scrutées à la loupe.



U

n environnement politique et juridique

adapté, telle est la base de l'essor des fintechs en Suisse. En 2016, le Conseil fédéral avait annoncé son intention de réduire les barrières à l'entrée du marché pour les entreprises FinTech. Le 1er août 2017, deux des trois piliers du nouveau règlement suisse FinTech sont entrés en vigueur: le domaine de l'innovation (plus connu sous le terme d’exemption «sandbox») et l'exemption de compte de règlement révisée. Le troisième pilier, la licence FinTech ou licence bancaire, doit encore être mis en œuvre, probablement pas avant 2019.

L'exemption «sandbox» a créé un espace d'innovation qui permet d'exercer des activités qui, sous l'ancienne réglementation, auraient nécessité un agrément bancaire. L'exemption «sandbox» est destinée à créer un espace sécurisé dans lequel les entreprises FinTech peuvent tester leurs idées commerciales et fournir certains services financiers sans devenir pour autant une banque réglementée. Mais attention, les entreprises qui exercent des activités dans la «sandbox» sont toujours susceptibles d'être soumises à la réglementation anti-blanchiment et doivent se conformer à toute une série de réglementations.

Que signifie exactement l’exemption des nouveaux comptes de règlement? Les fonds détenus dans les comptes clients de négociants en valeurs mobilières, de négociants en métaux précieux, de gestionnaires d'actifs ou de sociétés similaires, qui servent exclusivement à régler des transactions avec la clientèle, ne sont pas considérés comme des dépôts et ne sont donc pas soumis à des conditions d'agrément bancaire. Suivant l'ancien règlement, ces fonds devaient être traités dans un délai de sept jours. L'exemption permet désormais de les traiter en soixante jours, ce qui devrait faciliter le fonctionnement des plateformes de financement.

Parmi les activités FinTech, c'est sans conteste le marché des Initial Coin Offerings (ICO) qui a connu la croissance la plus rapide. En Suisse, la FINMA a publié à l'automne dernier une brève directive concernant le traitement réglementaire de ces ICO, définis comme une forme numérique de collecte de fonds auprès du public exclusivement à l'aide de la technologie des registres distribués ou de la blockchain. Reste que chaque ICO soulève une série de questions juridiques concernant, entre autres, la fiscalité, le droit des contrats et en particulier la réglementation des marchés financiers: pièces et jetons à émettre (et droits attachés à ces pièces et jetons) doivent désormais être définis avec précision.



Environnement économique

Les investissements en capital-risque et les programmes de soutien (accélérateurs, incubateurs ou bourses) sont des facteurs importants de l’environnement économique des FinTech. En 2017, des progrès considérables ont été réalisés dans l'environnement capital-risque des start-ups FinTech. Deux nouveaux fonds de capital-risque suisses ont été créés: d’une part la Swiss Entrepreneurs Foundation, fonds doté d'un budget global de 500 millions de francs suisses dédié à la création d'entreprises suisses et à la culture entrepreneuriale nationale, d’autre part le fonds de capital-risque lancé par SIX en novembre 2017, doté de 50 millions de francs pour la promotion de l'innovation dans l'industrie financière suisse.

L’année 2017 a été une année record pour les investissements en capital-risque en Suisse. C'est surtout le secteur suisse FinTech qui en a profité avec un total de 129,9 millions de francs, soit plus de six fois plus qu'en 2016. Les incubateurs, les accélérateurs et les awards fournissent des ressources importantes pour la croissance et le développement de l'écosystème suisse FinTech. A l’exemple de Fusion, un accélérateur basé à Genève, ou de F10, un incubateur et accélérateur basé à Zurich sous l’égide de SIX.

Environnement social

C’est le troisième pilier du secteur FinTech. En termes de clientèle, les entreprises qui le composent peuvent choisir entre B2B, B2C, ou une combinaison des deux. Avec environ 8,4 millions d'habitants en Suisse, le marché suisse est trop petit pour de nombreux modèles d'affaires B2C. La Suisse est certes très technophile et la clientèle suffisamment avertie sur le plan technologique. Néanmoins, l'utilisation des solutions FinTech y est relativement faible. Selon EY, seulement 30 % des résidents suisses utilisent à ce jour régulièrement les solutions FinTech pour les transferts d'argent et les paiements, la planification financière, l'épargne et l'investissement, l'emprunt ou l'assurance (33 % en moyenne mondiale). Toutefois, on s'attend à ce que ce taux d'adoption grimpe à l'avenir à 44 %.

La Suisse restant l'une des principales places financières du monde, le secteur offre donc un large potentiel de clientèle aux FinTechs dans le segment B2B. Les institutions financières établies ne sont pas seulement des clients potentiels, elles peuvent également agir en tant que partenaires précieux pour les entreprises FinTech, et vice versa. En intégrant les solutions FinTech, les banques ont la possibilité de mieux répondre aux besoins des clients. En retour, les FinTechs accèdent aux clients des banques, particuliers ou entreprises. Les derniers mois ont ainsi été marqués par toute une série de coopérations et de partenariats dans le secteur financier. Comme l'indique un rapport de PwC, plus de la moitié des établissements financiers suisses coopèrent déjà avec des entreprises FinTech et plus de 80 % d'entre eux prévoient d'augmenter le nombre de partenariats au cours des trois à cinq prochaines années.

Quel que soit leur marché, les FinTechs sont tributaires des ressources humaines disponibles, notamment en termes de programmation et de développement commercial. Il est donc très important pour la Suisse de pouvoir répondre à la demande croissante de professionnels qualifiés. La rareté des utilisateurs intensifs de TIC, mais aussi la faiblesse comparée des activités de recherche constituent une menace pour la numérisation de l'économie suisse.

Environnement technologique

L'environnement technologique est traditionnellement un moteur important de l'écosystème FinTech. L'impact des tendances technologiques sur l'industrie financière a toujours été énorme. Bien qu'il faille plusieurs années pour mettre en œuvre certaines technologies dans l'environnement productif, lorsqu'elles émergent, elles modifient les stratégies des institutions financières.

L'interaction avec les clients a pris de l'ampleur. Cette tendance va se poursuivre et même s'accentuer. Grâce à la combinaison des différentes technologies, de nouveaux services et interactions vont devenir possibles: traitement du langage naturel, informatique mobile, géo-positionnement et intelligence artificielle permettent de répondre individuellement aux besoins des clients qui réclament un paiement mobile instantané et sécurisé, des services bancaires vocaux ou des informations structurées portant sur leurs comptes. Les premières solutions d'e-banking ont ouvert la voie, les interfaces basées sur l’auto-apprentissage amplifieront la tendance.

Les plateformes de Core Banking ont élargi leur champ d'action avec l'intégration de différents produits spécialisés via des API (application programming interface). Ces dernières donnent aux FinTechs la possibilité d'intégrer leurs produits innovants dans un écosystème existant. Le risque de cette évolution est la marginalisation des plateformes bancaires de base. De nombreux instituts financiers peinent à interpréter toutes les données accumulées. L'utilisation de la 3D ou la réalité virtuelle les rendront plus tangibles. En raison de ces tendances, les interfaces ouvertes et sécurisées ainsi que les services d'intégration deviendront de plus en plus importants.

Les produits bancaires eux-mêmes vont aussi évoluer. 2017 aura été l'année du Bitcoin, passant d'une communauté fermée à un large public, d'une tendance technologique à un produit financier. Néanmoins, les impacts de la technologie Blockchain ne font que commencer. Les Smart Contracts en particulier auront une forte influence sur les services financiers. Les premières applications existent déjà. La Suisse, avec sa Crypto Valley, a de gros enjeux à relever dans ce domaine technologique. Le secteur financier se portera bien s'il sait se préparer à l'évolution des produits bancaires. Le moment est proche où les prêts seront accordés non seulement aux particuliers, mais aussi... aux machines!

Segments

Une palette de métiers


Six segments à la loupe


L’étude a examiné les sociétés fintech en Suisse selon leurs produits. Elle les a classées en six segments après analyse des business models et présente une photographie originale des finTechs helvétiques.



Analytics

Les FinTechs actives sur le marché suisse de l’analyse de données offrent une palette très diversifiée de solutions, allant des applications de machine learning aux systèmes de gestion des données. Le marché suisse comptait fin 2017 vingt-six acteurs fournissant les services suivants: trading automatisé ou conseil en investissement, évaluation et gestion des risques, détection des fraudes, prévision des flux de trésorerie pour le financement des entreprises, traitement comptable automatisé, comparaison de fournisseurs de services financiers basée sur des algorithmes, les bots chat, gestion de la relation client, machine learning préservant la vie privée, deep learning, intégration et traitement des données ou visualisation des données. La majorité de ces entreprises opèrent dans le segment B2B, quatre offrent des solutions mixtes, deux seulement sont exclusivement actives sur le marché B2C.

Dans ce segment, l’aspect juridique va devenir de plus en plus prédominant. Le nouveau règlement général de l'Union européenne sur la protection des données (RGPD) vise en effet à redonner aux citoyens le contrôle de leurs données personnelles. Le législateur pourrait même, comme l’affirment certains médias, créer un «droit à l'explication», permettant à tout un chacun de demander la justification d'une décision algorithmique le concernant. Une telle mesure risque potentiellement de grandement limiter la prise de décision automatisée par des algorithmes de type machine learning.

Infrastructures bancaires

C’est le deuxième en importance. Le terme «infrastructure bancaire» regroupe un large éventail de produits tels que les interfaces bancaires ouvertes (API), la gestion de l'identité et de la sécurité, les plateformes d'information et de transaction, les systèmes de gestion des finances personnelles et commerciales et les systèmes de conformité financière. Fin 2017, quarante-huit entreprises étaient actives dans ce domaine, soit deux de plus qu’à fin 2016. La moitié de ces entreprises sont situées à Zurich. Une concentration qui peut s’expliquer par l'importance de Zurich en tant que centre financier de premier plan offrant un grand nombre de clients potentiels.

Sur le total des quarante-huit sociétés, six ont été créées en 2017. Six autres, créées avant 2017, ont été ajoutées au chapitre infrastructure bancaire de notre étude. A l’inverse, dix entreprises ont été cette année exclues du segment, soit en raison de leur fermeture soit en raison d’un changement de modèle d'affaires les orientant vers un autre secteur. L'intégration de solutions innovantes avec les fournisseurs de services financiers traditionnels s'est poursuivie, conduisant à une croissance de la clientèle mais aussi à une consolidation des différents acteurs du marché.

Registres distribués

Les entreprises actives dans le domaine de la technologie des registres distribués (DLT pour Distributed Ledger Technology) peuvent être classées en deux grandes catégories. La première comprend les applications dans le domaine des cryptomonnaies, telles que les solutions d'émission, de stockage, de trading et d'investissement. La seconde délimite l'application des registres distribués dans le but de rationaliser les processus existants dans le secteur financier. L'émergence de centaines de nouvelles cryptomonnaies ainsi que les fortes hausses de prix de leurs principaux représentants ont conduit à un boom d'entreprises FinTech dans cette catégorie de DLT.

Fin 2017, trente-trois entreprises en lien avec la DLT étaient actives en Suisse, soit douze de plus que l'année précédente. L’année aura vu la création de dix-huit sociétés dans ce segment, ce qui représente plus de 50% du total des fintechs suisses nouvellement constituées. Outre Zoug, Chiasso veut également devenir l'un des principaux centres DLT et fintech dans le monde, sous le nom de «Cryptopolis».

Dépôts et prêts

Bien qu'il existe différents types de crowdfunding, seules trois catégories sont pertinentes du point de vue des FinTech: le crowdlending, le crowdinvesting et l’invoice trading. Leur croissance s’est poursuivie en 2017, mais le volume absolu des fonds dans ces trois catégories reste relativement faible. L’an dernier, le crowdfunding a été affecté par des changements réglementaires majeurs. Le premier est lié au nombre de prêteurs, qui était jusqu'à présent limité à moins de vingt. Le nouveau concept de bac à sable (sandbox) défini dans l'Ordonnance sur les banques permet d'accepter des dépôts publics sans licence bancaire jusqu'à concurrence de CHF 1 million, à condition qu'ils ne soient pas investis et ne portent pas d'intérêt, même si ces dépôts proviennent de plus de 20 déposants. Les fonds de plus de CHF 1 million doivent être approuvés séparément par la FINMA.

La règle des vingt est toujours en vigueur pour les prêts aux particuliers. Dans l'ensemble, cette modification du règlement abaisse le montant minimum d'investissement par prêteur et accroît les effets de diversification pour les investisseurs. En outre, la nouvelle réglementation réduit la dépendance des plateformes de crowdlending à l'égard des investisseurs institutionnels. La deuxième modification prolonge la période pendant laquelle les fonds publics peuvent être détenus sur les comptes de règlement. Le Conseil fédéral l’a portée à soixante jours, contre sept auparavant, ce qui devrait avoir un impact positif sur les taux de croissance.

Gestion des placements

Le marché suisse de la gestion de fortune numérique n'en est encore qu'à ses débuts. Toutefois, on peut s'attendre à un glissement des gestionnaires d'actifs traditionnels vers les fournisseurs de solutions d'investissement numérique. Les solutions autonomes de conseillers en robotique nécessitent cependant de grandes économies d'échelle pour arriver à un business rentable à long terme. Cela signifie que la clientèle et les actifs sous gestion doivent croître considérablement. Ce créneau étant appelé à se développer, un plus grand nombre de startups et de prestataires de services financiers vont entrer sur le marché. En raison de cette concurrence accrue, le marché va devenir difficile pour les jeunes pousses car elles ne disposent pas encore de grands réseaux de clients, contrairement aux sociétés de gestion d'actifs établies. Il est donc raisonnable de supposer qu'une consolidation du marché aura lieu dans un avenir proche. Dans un tel scénario, soit les start-ups de robots conseillers seront acquises par des prestataires de services financiers établis, soit une consolidation s’effectuera parmi ces start-ups. Autre option également possible pour les entreprises en démarrage, s'engager dans une coopération avec des sociétés de services financiers établies. A l'avenir, une approche hybride conseillers humains + algorithmes informatiques pourrait bien être le modèle d'affaires gagnant.

Paiement

Les trois grands projets de paiement mobile (Tapit, Paymit et Twint) ont finalement été fusionnés. Cette concentration doit être considérée à la lumière de l'entrée d'Apple Pay sur le marché en 2016 et de Samsung en 2017. En dehors de ces applications soutenues par les banques ou les fabricants de téléphones portables, il existe une variété d'autres applications. Au total, l’étude recense vingt-six fintechs actives sur le marché suisse des paiements. Compte tenu de la taille de ce marché, il est évident que des acteurs vont disparaître. Même si certains modèles d'affaires semblent prometteurs du point de vue de l'utilisateur, il est toujours très difficile de lancer une startup sur ce marché.

L’évaluation globale du marché suisse du paiement mobile est positive : le volume actuel des transactions est certes encore faible. Toutefois, il convient de rappeler que le taux d'adoption d'innovations de paiement comparables a toujours été lent dans le passé. Dans ce contexte, les faibles parts de marché du paiement mobile ne sont pas surprenantes. Plus l'évolution des produits de paiement mobile sera rapide et efficace, plus le taux d'adoption du paiement mobile sera lui aussi rapide.

Environnements Cryptomonnaies



Téléchargez l'étude
“IFZ FinTech Study 2018”
publiée par IFZ et Finnova

ifz



Téléchargez le guide pratique
“Les questions d’assujettissement
concernant les initial coin offerings (ICO)”
publié par la Finma en février 2018
finma

Étude menée sous la direction de:

Ankenbrand

Prof. Dr. Thomas Ankenbrand, Head of the Competence Centre for Investments, Zug IFZ

Dietrich

Prof. Dr. Andreas Dietrich, Head of the Institute, Zug IFZ

Bieri

Denis Bieri, Research Associate, Zug IFZ

Sous l'œil de la FINMA et du SIF


L’émergence des cryptomonnaies


L’année 2017 fut l’année des cryptomonnaies avec un afflux massif d’investissement dans ce marché. La Suisse en est un acteur important. Présentation de ce secteur devenu une spécificité nationale.



Au cours des dernières années, Zoug est devenu un centre mondialement reconnu pour la technologie des registres distribués (DLT). Fin 2017, plus de la moitié des entreprises suisses évoluant dans ce domaine, soit dix-sept, y étaient localisées. A l'origine de ce regroupement, des normes élevées en matière de protection de la vie privée, un environnement réglementaire et fiscal favorable, des établissements d'enseignement de premier plan et des autorités gouvernementales en soutien conduisant à l'émergence d'un écosystème vivant et auto-suffisant. La réputation croissante de la Crypto Valley et son environnement réglementaire favorable ont conduit à de multiples Initial Coin Offerings (ICO) en 2017 pour un total d'environ 850 millions de dollars levés dans le cadre de projets de DLT basés en Suisse. Cette part significative souligne le rôle de la Suisse en tant que plaque tournante de l'ICO, aux côtés des Etats-Unis et de Singapour. Sur le montant total des fonds levés, 276 millions de dollars l'ont été dans le secteur FinTech, soit environ un tiers du total.

La capitalisation boursière totale en dollars des fintechs suisses ayant réalisé une ICO s'élevait à plus de 750 millions de dollars à la fin 2017. Cette forte augmentation s'explique principalement par deux facteurs : la conduite des nouvelles ICO au cours de l'année et les hausses de prix, mesurées en dollars américains, pour la plupart des cryptomonnaies. Lorsqu'on labellise la capitalisation boursière et les prix des cinq cryptomonnaies en bitcoin au lieu du dollar américain, la situation diffère considérablement. Pour la plupart des cryptomonnaies, la capitalisation boursière assurée en Bitcoin diminue au fil du temps. En d'autres termes, Bitcoin surperforme les cryptomonnaies émises par les finTechs suisses.

On l'a vu, la FINMA s'était dès l'automne 2017 penchée sur les procédures de l'ICO. En janvier 2018, le Secrétariat d'Etat aux questions financières internationales (SIF) a de son côté annoncé la création d'un groupe de travail chargé d'examiner le cadre juridique et d'identifier les mesures à prendre. Ce groupe de travail associe également l'Office fédéral de la justice (OFJ) et la Finma.

Segments Débat

Débat



“Nous pourrions très bien imaginer que le bitcoin, ou une autre cryptomonnaie, devienne la norme.”

Antoine Verdon

Co-Founder & CEO

Proxeus


L’investissement dans les cryptomonnaies est-il un investissement comme un autre? Qu’est-ce qui le différencie éventuellement d’un investissement classique en actions ou obligations?

Lorsque vous achetez des cryptomonnaies, la nature de votre acquisition dépend du type de jetons concerné (token en anglais). Selon un récent rapport de la FINMA sur les ICOs, il existe trois différents types de cryptomonnaies:
• les jetons de paiement - il s’agit de cryptomonnaies n’ayant aucun lien avec un projet, mais plutôt une monnaie telle que le franc suisse ou l’euro, à la seule différence que ce sont des monnaies digitales. L’exemple le plus connu de ce type de tokens est le bitcoin.
• les jetons d’utilité - il s’agit de tokens pouvant être utilisés comme moyen d’échange sur une plateforme spécifique, souvent en échange d’un service numérique. Ces tokens sont très utilisés par les projets lançant des ICOs s’apparentant à des projets de type crowdfunding.
• les jetons d’investissement - il s’agit du type de tokens ressemblant le plus à une action ou une obligation. Ces jetons représentent des valeurs patrimoniales telles que des parts dans un projet, pouvant être accompagnés de parts de revenus ou de dividendes. Ces investissements sont aujourd’hui assimilés à des instruments financiers et sont donc similaires à des investissements traditionnels en actions ou obligations.
Du fait de leur nature même, les cryptomonnaies ont des aspects aussi bien de produits ou de monnaies que de titres. C’est pourquoi la qualification des cryptomonnaies diffère tant entre les pays (par exemple, les cryptomonnaies sont considérées comme des monnaies privées en Allemagne, comme commodités au Canada et comme titres aux Etats-Unis). Les personnes intéressées à placer de l’argent dans ce domaine doivent toujours se renseigner sur le type de cryptomonnaies dont elles font l’acquisition afin de bien comprendre les risques et spécificités.

La valeur des cryptomonnaies se mesure vis-à-vis de monnaies reconnues (essentiellement le dollar). Cela signifie-t-il que ce sont de "vraies monnaies" ou n'est-ce pas un moyen de rassurer les investisseurs?

Il n’y a pas de “fausses” ou de “vraies” monnaies selon moi. Afin qu’une monnaie soit viable, elle doit gagner la confiance des acteurs économiques et des particuliers. Mais que la monnaie soit tangible, tels que nos francs suisses ou nos dollars, ou bien digitale, tels les bitcoins, cela ne change pas grand-chose. Il ne s’agit finalement que d’une question de confiance dans le moyen d’échange utilisé lors des transactions économiques. Il pourrait s’agir d’or, de dollars, ou de bitcoin, cela n’a pas beaucoup d’importance. Néanmoins, les monnaies digitales offrent l’avantage d’être faciles à transporter, échanger et stocker.
De plus, il n’existe pas de banques centrales pouvant tout à coup créer des millions de bitcoins, par exemple, au contraire des monnaies traditionnelles. Le rythme d’émission est défini par un algorithme qui ne peut être modifié par un acteur centralisé. Le dollar est aujourd’hui la monnaie de référence, car il est présent depuis des dizaines d’années et profite de sa situation, mais nous pourrions très bien imaginer que le bitcoin, ou une autre cryptomonnaie, devienne la norme et que l’or, le pétrole ou le franc suisse soient libellés dans cette valeur dans le futur.

Est-il nécessaire de réguler les cryptomonnaies, comme semblent le penser les autorités nationales et internationales en charge de ces problématiques? Une régulation ne remettrait-elle pas en cause l’essence même des cryptomonnaies, leur mécanisme décentralisé?

Par sa nature décentralisée, le réseau devrait par définition être capable de s’autoréguler sans organe central. En effet, la blockchain a originellement été développée de façon que tous les différents acteurs (mineurs, utilisateurs …) possèdent des avantages à protéger le réseau contre des informations erronées. Néanmoins, ce système a ses limites et, comme lors des précédentes innovations majeures, des personnes malintentionnées essaient d’en tirer avantage. C’est pourquoi les législateurs sont en train d’examiner de possibles régulations afin de limiter les fraudes associées à cette technologie.
Aujourd’hui, il est donc nécessaire que des solutions soient trouvées pour éviter que la blockchain ne devienne une machine à blanchir de l’argent sale. Ainsi, les plateformes d’échange, véritables poumons de l’économie digitale, ont pour responsabilité de connaître l’identité de leurs utilisateurs via des procédures de KYC. Les législateurs, eux, devront trouver des solutions afin de combattre les comportements frauduleux, tout en évitant d’entraver l’innovation découlant de cette nouvelle technologie.

Pour vous, n'y a-t-il pas un risque majeur quand on regarde la volatilité des cryptomonnaies? En d'autres termes, les cryptomonnaies ne sont-elles pas une bulle qui risque d'éclater?

Chacune des innovations disruptives a été marquée par des bulles spéculatives. Ce qui se passe aujourd’hui avec la blockchain n’est pour moi pas très différent de la bulle tech des années 1990-2000. La majorité des projets blockchain et des ICOs ne survivront pas ces prochaines années. Néanmoins, les possibilités de trouver les prochains Amazon, Google, Facebook ou Uber dans les projets lancés actuellement sont significatives. Ainsi, je recommande toujours de ne participer dans des projets que s’ils apportent une véritable innovation, tout en utilisant la blockchain de façon utile.
Aujourd’hui, trop de projets essaient de créer des solutions qui ne sont tout simplement pas implémentables sur une blockchain, ou qui seraient beaucoup plus utiles en utilisant une simple base de données. Les cryptomonnaies sont certes volatiles aujourd’hui, non seulement à cause de cette spéculation, mais aussi, car plusieurs acteurs, qu’on appelle les “whales” ou baleines en français, sont suspectés de manipuler les cours en profitant du faible volume. Cette situation devrait toutefois s’atténuer au fur et à mesure de l’adoption des cryptomonnaies par les acteurs économiques.






“Les cryptomonnaies n’existent pour le moment que par un cours que l’on veut bien leur donner.”

Oscar Bartolomei

Directeur d’un Family Office à Genève

Expert Swiss Association for Quality


L’investissement dans les cryptomonnaies est-il un investissement comme un autre? Qu’est-ce qui le différencie éventuellement d’un investissement classique en actions ou obligations?

Le phénomène des cryptomonnaies pose de nouveaux jalons en termes d’investissements. Le regarder sous le prisme d’investissements historiquement connus depuis des décennies serait une erreur. Nous assistons à l’émergence d’un nouveau type de monnaies, émergence que je compare souvent à celle que nous avons connue avec les valeurs technologiques à la fin des années 90. Il faut oublier les paradigmes habituels auxquels nous étions habitués. Une cryptomonnaie n’est bien sûr pas comparable à une action, ni à une obligation, ni même à une monnaie traditionnelle. Et c’est là tout son intérêt ou son problème, selon de quel côté vous vous trouvez: soit vous êtes un fervent admirateur des cryptomonnaies et vous croyez férocement à leur essor, soit vous êtes un détracteur de la première heure qui se réjouit de chaque baisse jusqu’à atteindre une valorisation nulle, signe de son extinction. La vérité se situera peut-être au milieu.

La valeur des cryptomonnaies se mesure vis-à-vis de monnaies reconnues (essentiellement le dollar). Cela signifie-t-il que ce sont de "vraies monnaies" ou n'est-ce pas un moyen de rassurer les investisseurs?

La valeur théorique modélisée d’une monnaie, comme le dollar ou l’euro, est traditionnellement déterminée, entre autres, par les échanges dans le marché de change, son taux d’intérêt, la confiance que l’on accorde au pays émetteur, la stabilité, la croissance économique et la puissance stratégique du pays émetteur, les différences d’inflation entre les pays, la balance des paiements courants, la facturation dans les échanges.
Rien de tout cela avec les cryptomonnaies. Elles échappent à tout modèle d’évaluation traditionnel. Certains vous diront qu’elles ont leur propre modèle. Mais à l’heure actuelle, il s’avère totalement insuffisant lorsqu’il s’agit de définir une valeur théorique. L’erreur serait de mettre sur la même ligne les cryptomonnaies et les monnaies scripturales: les cryptomonnaies n’existent pour le moment que par un cours que l’on veut bien leur donner. Mais ne provenant pas d’un marché de change au sens des monnaies classiques. À des milliers d’années d’une quelconque existence concrète, comme le voulait l’algorithme de départ fondateur de leur existence. Leur valeur intrinsèque est nulle.
Je remplacerais cependant les termes de «vraies monnaies» par le simple mot de «monnaies». Si je conteste aujourd’hui la qualité même de l’investissement en cryptodevises, je ne puis en contester l’existence. Et je demeure persuadé que les cryptodevises ne disparaîtront pas, mais évolueront. À ce titre, je déplacerais le débat non pas autour du qualificatif «vraie monnaie», mais simplement autour de la thématique «cryptomonnaie» et «monnaie». Les cryptomonnaies représentant l’émergence d’un nouveau type de monnaie.

Est-il nécessaire de réguler les cryptomonnaies, comme semblent le penser les autorités nationales et internationales en charge de ces problématiques? Une régulation ne remettrait-elle pas en cause l’essence même des cryptomonnaies, leur mécanisme décentralisé?

On touche là à l’ADN des cryptomonnaies, en particulier de la première d’entre elles, le Bitcoin, tel qu’il a été pensé par son ou ses créateurs. Rappelons qu’il s’agit d’un logiciel créé il y a onze ans maintenant, avec la volonté d’échapper à toute régulation et à toute centralisation via une banque centrale ou toute autre institution de régulation type FMI. Le réguler serait le «faire rentrer dans le rang», ce que ne veulent précisément pas ses créateurs. Du point de vue des gouvernements et des Banques Centrales, l’essor rapide du Bitcoin pourrait très vite se transformer en cauchemar. Laissons de côté les arguments fallacieux évoqués à propos du statut dérégulé du Bitcoin : blanchiment d’argent, opacité favorisant le crime organisé, traçabilité douteuse, sécurité problématique face aux hackers. Rien de nouveau, cela s’applique aussi aux devises traditionnelles. Ce ne sont que d’hystériques vitupérations reprises par une certaine presse qui a depuis longtemps oublié son devoir d’objectivité.
Le seul et unique véritable motif qui obsède les gouvernements et les Banques Centrales et qui motiverait une régulation du Bitcoin, c’est sa fiscalité. En effet, l’algorithme fondateur du Bitcoin vous permet de détenir toute votre fortune dans une clé codée transportable à souhait. En d’autres mots, si demain vous décidez de quitter la France pour l’Australie, il vous suffit de convertir tous vos actifs monétaires en Bitcoin. Le Bitcoin n’ayant jamais été hacké pour le moment, si vous ne déclarez pas vos actifs en Bitcoin, personne ne le saura. Même tous les Falciani du monde ne pourront vous dénoncer. À vous ensuite de ne pas oublier votre code et de prendre l’avion pour l’Australie avec toute votre fortune sous la main. Libre à vous de déclarer ou pas votre fortune au fisc australien. Bizarrement, cela a le don d’agacer prodigieusement toutes les administrations fiscales au monde.
La principale faiblesse du Bitcoin est le nombre peu élevé de ses échanges face aux monnaies traditionnelles. Une des conditions pour que le Bitcoin se développe et soit une véritable alternative aux monnaies scripturales serait son institutionnalisation. Il y gagnerait en crédibilité et cela aurait pour effet de rassurer ceux qui y voient bien plus qu’un outil de spéculation à la volatilité exacerbée. L’avenir même des cryptomonnaies pourrait nécessiter de franchir le pas de la régulation: je n’ai aucune peine à imaginer dans un futur proche une duplicité monétaire où chaque monnaie traditionnelle aurait sa réplique cryptomonnaie, son avatar: le dollar son cryptodollar, l’Euro son cryptoeuro.

Pour vous, n'y a-t-il pas un risque majeur quand on regarde la volatilité des cryptomonnaies? En d'autres termes, les cryptomonnaies ne sont-elles pas une bulle qui risque d'éclater?

À l’heure où j’écris ces lignes, le cours du Bitcoin est à 8’000 dollars. Rappelons-le, il avait atteint son cours le plus haut en décembre 2017 où il cotait à 20’000 dollars. Soit une chute de 60% en cinq mois. Il ne faut plus parler de risque de bulle, mais bien d’une bulle qui a déjà éclaté, dont nul n’en connaît encore l’issue. De mon point de vue, qui est avant tout de protéger les avoirs du client, il est exclu d’investir aujourd’hui dans quelque cryptomonnaie que ce soit. Modèle théorique d’évaluation inexistant, aucune visibilté, volatilité trop haute. Autant jouer au casino.
Il est intéressant de se projeter sur l’avenir des cryptomonnaies. À mon avis, la blockchain et les cryptomonnaies sont un phénomène irréversible. Phénomène qui ne s’éteindra pas, mais évoluera. Comme l’ont fait les sociétés internet après le crash des «.com» en mars 2000. De ce crash, il est resté Google, Amazon, Facebook. Cette évolution rendra-t-elle l’investissement en cryptomonnaies moins hasardeux ? Seul l’avenir nous le dira.





“Le marché est jeune et n’a pas encore consolidé. Une période de nettoyage reste donc à venir.”

Arnaud Masset

Analyste

Swissquote


L’investissement dans les cryptomonnaies est-il un investissement comme un autre? Qu’est-ce qui le différencie éventuellement d’un investissement classique en actions ou obligations?

Bien que l’investissement dans les cryptomonnaies présente plusieurs similitudes avec les investissements traditionnels, notamment l’espérance de réaliser un gain en capital, les différences sont de taille, et ce à plusieurs niveaux:
Premièrement, un investissement dans les cryptomonnaies ne donne pas accès à un droit de vote comme c’est le cas pour un investissement traditionnel en actions. L’investissement est plus similaire à une contribution/donation. En effet, la start-up/société blockchain n’a aucune obligation envers les détenteurs de tokens.
Deuxièmement, la plupart des tokens ne génère pas d’intérêts comme des dividendes. Cependant, certains génèrent des revenus passifs et ce sous différentes formes.

La valeur des cryptomonnaies se mesure vis-à-vis de monnaies reconnues (essentiellement le dollar). Cela signifie-t-il que ce sont de "vraies monnaies" ou n'est-ce pas un moyen de rassurer les investisseurs?

Je ne pense pas que le fait que les cryptomonnaies soient cotées contre des monnaies fiat comme le dollar ou l’euro signifie que les cryptomonnaies ne sont pas de “vraies monnaies”. Ce n’est d’ailleurs pas totalement vrai puisque la plupart des alt-coins sont uniquement cotés contre Bitcoin ou Ether.
Pour tout investissement, il est nécessaire d’utiliser une monnaie de référence afin de pouvoir estimer sa performance. Pour l’instant, les monnaies fiat sont les seules monnaies – à part quelques exceptions mineures, notamment à Zoug. A noter qu’il est plutôt intéressant de coter une cryptomonnaie contre le Bitcoin (ou l’Ether) puisque cela permet de savoir si cette première a surperformé ou sous-performé la monnaie de référence.

Est-il nécessaire de réguler les cryptomonnaies, comme semblent le penser les autorités nationales et internationales en charge de ces problématiques? Une régulation ne remettrait-elle pas en cause l’essence même des cryptomonnaies, leur mécanisme décentralisé?

Tout cela dépend du type de régulation mis en place. Pour l’instant, je pense que les instances réglementaires ont pour objectif premier de protéger au mieux les investisseurs afin d’éviter les arnaques et les ICO frauduleuses ainsi que de lutter contre le blanchiment d’argent et les activités illégales.
De plus, il faut différencier les usages de la technologie blockchain puisqu’ils ne seront pas tous impactés de la même manière par la réglementation. En effet, les cryptomonnaies destinées uniquement au transfert ou au stockage de valeur vont très certainement recevoir un traitement moins favorable que les cryptomonnaies qui n’entrent pas en concurrence avec les moyens de paiements traditionnels.
La régulation aura des effets positifs sur le marché dans son entier, puisque cela aidera à rassurer les investisseurs. Elle permettra de lutter contre les exit scams, les projets blockchain inutiles ou encore d’éliminer les manipulations de prix qui ont lieu sur ce marché.
La régulation ne devrait pas mettre en danger le mécanisme décentralisé qui est à la base des cryptomonnaies. Si une cryptomonnaie n’est pas décentralisée, elle n’a absolument aucun intérêt, c’est une condition nécessaire à son bon fonctionnement puisque c’est ce qui garantit que toutes les informations inscrites dans la blockchain sont correctes et conformes et c’est également ce qui rend impossible toute attaque de type 51%. Cependant, cette technologie décentralisée ne plaît pas à tout le monde puisqu’elle permet de se passer d’intermédiaires dans certaines de ses utilisations. Il y aura donc de la résistance, c’est sûr.

Pour vous, n'y a-t-il pas un risque majeur quand on regarde la volatilité des cryptomonnaies? En d'autres termes, les cryptomonnaies ne sont-elles pas une bulle qui risque d'éclater?

Je ne saurais vous dire si nous sommes en présence d’une bulle, si elle a déjà éclaté ou si ce n’est encore que le début. Ce qui est sûr, c’est qu’investir dans les cryptomonnaies est risqué, et ce pour plusieurs raisons:
- Absence de valeur intrinsèque (pour l’instant): la plupart des produits blockchain n’en sont encore qu’à l’étape de projet, d’idée. L’investisseur fait donc un pari sur l’adoption future d’une technologie, d’une solution décentralisée dans un marché précis.
- Incertitude réglementaire : le manque de visibilité sur le plan réglementaire augmente la volatilité.
- Manque de capital institutionnel: principalement une conséquence des deux premiers points.
- Faible liquidité : une conséquence du point précédent.
- Investisseurs peu expérimentés: les early adopters, fans de technologie, et investisseurs retail n’ont pas ou peu de vision à long terme et sont là pour réaliser des gains rapides.
Finalement, c’est un investissement risqué puisque, de manière similaire à ce qui s’est passé au début des années 2000, le marché est saturé de start-ups qui se proposent de résoudre un même problème. Le marché est jeune et n’a pas encore consolidé. Une période de nettoyage reste donc à venir, ce qui forcera les projets doublons à disparaître, tout comme les projets inutiles ou inopérants. Ce nettoyage à venir force à la prudence et devrait inciter les investisseurs à sélectionner soigneusement les projets dans lesquels ils placent leur argent.






“La régulation des cryptomonnaies? Seule une approche internationale peut donner des résultats probants.”

Olivier Depierre

Avocat & Associé-Fondateur

DLT Law


L’investissement dans les cryptomonnaies est-il un investissement comme un autre? Qu’est-ce qui le différencie éventuellement d’un investissement classique en actions ou obligations?

Si on examine ici les seuls «jetons d’investissement», selon la définition actuellement retenue par la FINMA, on a alors à faire à des «cryptoactifs» représentant une créance contre un tiers (en l’occurrence l’émetteur du jeton en question) qui, à ce jour, ne sont pas inscrits au crédit d’un compte de titre ouvert auprès d’une banque, mais enregistré sur une blockchain. Or, la blockchain ne connaissant aucun horaire, ce qui y est inscrit peut être négocié en permanence (24/24, 365/365), de gré à gré ou via des plateformes dédiées. La fonction d’un tel jeton peut être exactement la même que celle des instruments financiers traditionnels, comme une action ou une obligation. La différence se situe au niveau de la valeur des actifs numériques créés: ceux-ci ne représentent le plus souvent aucuns fondamentaux existants mais ne sont que des promesses de développement du projet sur lequel divers droits sont vendus. Pour cette raison, la qualité de l’émetteur du jeton est plus que jamais déterminante.
Il existe également d’autres types de cryptomonnaies, comme les «jetons de paiement», qui, comme leur nom l’indique, sont des moyens d’échange ayant des similitudes avec nos monnaies fiduciaires (ou «devises», comme le franc ou le dollar), ou encore les «jetons d’utilité», lesquels consistent en un droit d’accès à un software sur internet ou un droit à un rabais pour l’accès à un service. Enfin, certains jetons peuvent combiner les différents types retenus par la FINMA.

La valeur des cryptomonnaies se mesure vis-à-vis de monnaies reconnues (essentiellement le dollar). Cela signifie-t-il que ce sont de "vraies monnaies" ou n'est-ce pas un moyen de rassurer les investisseurs?

Rappelons que l’essor des cryptomonnaies vient d’une initiative privée, en 2008, de créer un système monétaire utilisable par tout un chacun sans l’ingérence des États: le bitcoin. Par conséquent, les cryptomonnaies similaires au bitcoin ne sont pas émises par une banque centrale comme le sont les monnaies fiduciaires (souvent raccourcies par le mot «fiat»). Et comme les détenteurs de telles cryptomonnaies ne peuvent pas les utiliser avec une offre suffisamment importante et variée de biens et de services (du moins pour l’instant), ni payer l’intégralité de leurs obligations fiscales avec, il est nécessaire pour eux de pouvoir les échanger contre des monnaies fiduciaires.
Si l’on reconnaît aujourd’hui aux cryptomonnaies certaines des fonctions aristotéliciennes de la monnaie, comme l’unité de compte et le moyen d’échange, la question de leur fonction en tant que réserve de valeur fait débat au vu de leur volatilité élevée. On reconnaît aujourd’hui au moins cinq caractéristiques à la monnaie fiduciaire, à savoir la fongibilité, la divisibilité, la difficulté à la reproduire, le contrôle de la quantité (ou «préservation de la rareté») et la facilité à la transporter. Or, s’agissant des cryptomonnaies, certaines personnes ne croient pas que le contrôle de leur quantité soit garanti. Le plus souvent, il s’agit d’une mauvaise compréhension de la technologie qui les sous-tend, à savoir de la façon dont est codée leur création sur la blockchain qui les constitue. Mais parfois, la liquidité de certaines cryptomonnaies peut en effet être influencée par les personnes qui les ont créées, comme dans le cas du Ripple (XRP) par exemple.
En conclusion, l’on peut tout d’abord retenir que si les cryptomonnaies de type bitcoin ne sont pas des monnaies au sens du droit suisse, elles en remplissent bon nombre des fonctions et des caractéristiques. Enfin, il est certain que l’investisseur a avant tout besoin d’être informé et de comprendre les particularités technologiques des cryptomonnaies avant de s’engager dans des activités financières en lien avec celles-ci.

Est-il nécessaire de réguler les cryptomonnaies, comme semblent le penser les autorités nationales et internationales en charge de ces problématiques? Une régulation ne remettrait-elle pas en cause l’essence même des cryptomonnaies, leur mécanisme décentralisé?

Qu’on le souhaite ou non, il n’est pas certain qu’une régulation efficace voie rapidement le jour. La régulation de l’Etat de New York, via une «bit license» s’est avéré inefficace, car elle a été conçue sur un plan local, dans un monde, qui par définition, ne l’est pas. La plupart des entreprises new-yorkaises souhaitant mener des TGEs («Token Generating Event», ou «ICOs») l’a simplement fait ailleurs. Car la régulation des cryptomonnaies et des TGEs est un phénomène universel auquel seule une approche internationale concertée peut donner des résultats probants.
Par ailleurs, en mars dernier, le Conseil de stabilité financière du G20 a estimé que les cryptoactifs ne représentent actuellement pas un risque pour la stabilité financière mondiale, ce secteur ne représentant qu’1% du PIB mondial. Il en résulte donc un jeu du chat et de la souris entre les Etats: un volume d’affaires important est sans doute promis à celui qui trouvera le bon équilibre entre régulation et absence de régulation. Mais il est certain que le courant libertarien qui sous-tend les cryptomonnaies cherchera toujours un moyen de s’affranchir de l’emprise des Etats.

Pour vous, n'y a-t-il pas un risque majeur quand on regarde la volatilité des cryptomonnaies? En d'autres termes, les cryptomonnaies ne sont-elles pas une bulle qui risque d'éclater?

Si l’on reste sur le bitcoin, il est vrai que ce dernier n’est valorisé que par l’offre et la demande, alors que la valeur des monnaies fiduciaires est, elle, influencée par une banque centrale indépendante de l’Etat auquel elle rend des comptes. Ainsi, en Suisse, tout est fait pour que le franc ne soit pas volatil. Mais dans le cadre du bitcoin, c’est dans le premier bloc de cette blockchain (le «genesis block») qu’est ancré le mécanisme de création monétaire. Aucune entité n’approvisionne le marché en liquidité. Et la notion de gestion de réserve monétaire n’existe pas.
Selon le célèbre économiste américain Hyman Minsky, une bulle est un cycle économique en 5 étapes:
(1) un déplacement de l’intérêt des investisseurs vers un nouvel actif;
(2) une appréciation consécutive de cet actif suivie
(3) d’une euphorie sur celui-ci, injustifiée par ses fondamentaux; puis,
(4) une prise de bénéfices entraînant
(5) le «moment Minsky», à savoir une offre surpassant la demande et une chute rapide de la valeur de l’actif du fait que les investisseurs liquident alors leurs positions à n'importe quel prix.
Or, le bitcoin a surtout augmenté parce qu'il s'agissait de la première d’une série d’innovations technologiques qui vont changer notre quotidien. Conceptuellement, donc, il me paraît erroné de parler de «bulle». En revanche, le bitcoin pourrait être menacé par l’échec d’un consensus communautaire en lien avec la mise à jour de sa technologie, ce qui entraînerait un désintéressement du marché. Ainsi, le bitcoin a été updaté à l’été 2017 par le soft fork «SegWit», mais n’a pas trouvé de consensus suffisant pour passer à l’update suivant «SegWit2x» à fin 2017.



Repères

Sujet de préoccupation ou succès d’une stratégie?


Du ‘Rêve Chinois’ à la réalité


Depuis quelques années, la Chine est devenue la principale contributrice à la croissance globale. D’après la Banque Mondiale, elle pèse 21’400 milliards de dollars en termes de parité de pouvoir d’achat, soit 15% de plus que l’économie américaine.



S

elon les projections de l’institut, la Chine représentera plus du tiers de toute la croissance réelle enregistrée dans le monde entre 2017 et 2019. En revanche, son rythme de croissance est passé d’une moyenne de 10,3% entre 2001 et 2010 à 6,8% en 2017. De plus, le pays fait face à un déclin démographique – la population baissera de 1,4 milliard d’habitants actuellement à environ 1 milliard d’ici à 2100 selon les Nations Unies, ce qui ne pourra que peser sur son potentiel de croissance. Ainsi, on comprend mieux pourquoi le ralentissement de l’économie chinoise préoccupe tant les investisseurs.

De plus, la Chine affrontera de multiples défis ces prochaines années: le surendettement de ses entreprises d’Etat, les risques de guerre commerciale avec les Etats-Unis, la corruption voire la fuite des capitaux. Est-ce que cela signifie la fin du miracle économique de l’Empire du Milieu ?

Pour répondre à cette question, il convient de s’interroger sur la viabilité des objectifs poursuivis par les autorités, tels qu’énoncés par le Président Xi ou évoqués lors du 19ème Congrès du Parti Communiste en octobre dernier.L’objectif à court terme se décrit comme une «xiaokang shehui» (une société modérément aisée) et doit être réalisé d’ici à 2021, date du centenaire de la création du Parti. Pour y parvenir, les autorités ont fixé des objectifs de croissance ambitieux dans leur plan à 5 ans 2016-2020 soit 6,5% de progression annuelle de la richesse par habitant au minimum.

A plus long terme (2050), le Président Xi évoque la réalisation du «zhongguo meng» (le rêve chinois) qui consiste à retrouver la place de première puissance du monde, deux siècles après le début du déclin amorcé lors des «guerres de l’opium» avec la Grande Bretagne. A cet horizon, la croissance économique, toujours nécessaire, devra s’accompagner de mesures destinées à améliorer la qualité de vie des chinois, notamment en veillant à une meillure protection de l’environnement. La lutte contre la corruption devra s’intensifier, car source de grogne de la population. Le rôle central du parti dans la gestion de l’économie devra se renforcer encore. Et la Chine devra s’affirmer davantage sur l’échiquier géopolitique.

Les étapes vers le rêve

Pour pouvoir les mener à bien, il en découle une série d’initiatives et de réformes structurelles qui seront conduites par le Président Xi, qui s’est assuré les pleins pouvoirs. Quatre axes majeurs se dessinent :

1) La nouvelle route de la soie. Ce plan pharaonique vise à mieux connecter les centres économiques de la Chine – essentiellement, la région côtière – avec le reste du pays et avec l’ensemble du continent eurasiatique. Cela passe par de l’investissement dans l’infrastructure terrestre, aérienne et maritime, des domaines où excellent les entreprises chinoises après plusieurs décennies de boom dans les investissements domestiques. Mais la Chine souhaite également se procurer une zone d’influence tout aussi politique que mercantile.

2) «Made in China 2025». La Chine souhaite passer du rôle de plateforme d’assemblage à celui de leader technologique. Il s’agit de faire progresser rapidement la part domestique de la valeur ajoutée dans ces industries à 40% en 2020 et à 70% en 2025. Sachant les pays occidentaux peu enclins à transférer davantage de propriété intellectuelle à leurs partenaires chinois, le pays souhaite les concurrencer. Dans l’intelligence artificielle par exemple, les chercheurs chinois ont publié environ un quart de l’ensemble des rapports de recherche au niveau mondial. Au total, environ USD 1,7tn est destiné à financer la réalisation de cette ambition.

3) La stabilité financière. Une crise financière mettrait à mal la stabilité du pays, sa capacité à atteindre ses ambitions voire le contrôle absolu du Parti. Les autorités en sont conscientes et ont fait du «deleveraging» une priorité majeure. Le financement occulte («shadow banking») a représenté une part de plus en plus importante du financement des investissements jusqu’en 2016. En juin 2017, le président a décidé de créer un nouvel organe chargé du contrôle macro-prudentiel et de la régulation financière. Depuis lors, le rythme de progression a ralenti et, en avril dernier, la banque centrale a dû intervenir pour assouplir la politique monétaire, en réduisant les ratios de réserves obligatoires, compte tenu de l’assèchement de l’offre de crédit.

4) L’ouverture des marchés des capitaux. La nouvelle route de la soie ne servira pas les ambitions chinoises si les transactions continuent d’être réglées en dollars. Déjà, le renminbi fait partie du panier sous-jacent aux droits de tirages spéciaux du Fonds Monétaire International. Et les «Stock Connects» entre Hong Kong (bientôt Londres) et les bourses chinoises permettent aux investisseurs internationaux d’acheter plus librement les actions domestiques, et vice versa. Progressivement, ces mesures permettront aux actions chinoises d’être davantage représentées dans les indices internationaux. Mais pour faire du renminbi une véritable monnaie de réserve, une ouverture plus large des marchés et l’abolition des contrôles de changes seront nécessaires.

En conclusion, les priorités de la Chine nous semblent souvent contradictoires. La volonté d’améliorer la qualité de la croissance est-elle compatible avec la nécessité de maintenir la création de richesse ? Le rôle omniprésent du parti et des entreprises d’Etat est-il compatible avec la volonté de promouvoir l’innovation et la recherche ? Le resserrement du contrôle public sur les investissements à l’étranger est-il compatible avec l’ambition de supplanter le dollar dans les échanges. En somme, la Chine a-t-elle les moyens de ses ambitions?

Conjoncture
Mudie

par
Alan Mudie
Responsable de la Stratégie d’Investissement
Société Générale Private Banking

Conjoncture - 1er trimestre 2018


La croissance reste vigoureuse


Des signes évidents de rééquilibrage économique transparaissent dans le rapport sur le PIB. Les grands moteurs de croissance, comme les investissements en immobilisations et la production industrielle, ont ralenti au premier trimestre, mais ce recul a été compensé par la forte dynamique de la consommation et du secteur des services.



Le PIB chinois s’est établi à RMB 19 900 milliards (environ USD 3200 milliards) au premier trimestre, soit une hausse de 6,8% en valeur réelle sur les 12 derniers mois. Le taux de croissance reste identique à celui observé au second semestre 2017, et dépasse le consensus du marché (6,7%).

Si la poursuite du rééquilibrage économique constitue un signe positif, la consommation et le développement des secteurs de la «nouvelle économie» (comme les services Internet) ne devraient pas être à même de compenser pleinement le ralentissement de «l’ancienne économie» (l’immobilier et le secteur manufacturier notamment). Au cours des prochains trimestres, les investissements en immobilisations et l’activité industrielle devraient poursuivre leur ralentissement, et la consommation aura de faibles marges de progression, ce qui pourrait entraîner une croissance mondiale plus limitée.

La conso dans la croissance du PIB

Tout d’abord, les investissements en immobilisations ont ralenti en mars après avoir fortement rebondi en janvier et février. La croissance a ralenti dans deux des trois secteurs clés des investissements en immobilisations, le secteur manufacturier et les infrastructures. Seul l’immobilier a connu une accélération dans ce domaine.

Si la croissance de l’investissement immobilier a progressé à un rythme un peu plus rapide en mars, la construction immobilière ne progressait au même moment qu’à un rythme nettement inférieur de 1,5% en glissement annuel (g. a). De plus, la croissance des ventes immobilières a ralenti, passant de 15,4% en g. a. en janvier et février à 10,4% en mars. Et les fonds disponibles pour les projets de promotion immobilière ont augmenté de 3,1% en g. a. en mars, un rythme bien moins soutenu qu’au cours des deux premiers mois de l’année (4,8% en g. a.) et que pour l’ensemble de l’année 2017 (8,2%). Tout cela porte à croire que le secteur de la promotion immobilière pourrait connaître une croissance plus faible à l’avenir.

De même que les investissements en immobilisations, l’augmentation de la production industrielle montre des signes de ralentissement au premier trimestre. Bien que la production industrielle (en valeur ajoutée) semble avoir repris de la vigueur par rapport au trimestre précédent, la dynamique semble s’essouffler en mars.

Toutefois, la moindre vigueur des investissements et de l’activité industrielle a été compensée par une plus forte consommation au premier trimestre. La consommation a progressé à un rythme plus rapide dans les zones rurales que dans les zones urbaines (10,7% contre 9,7%), et certaines catégories de produits à destination des classes moyennes ont affiché des taux de croissance plus élevés. En outre, les ventes en ligne continuent d’afficher une forte dynamique, avec une hausse de 35,4% en g. a. au premier trimestre, soit 3,3 points de pourcentage de plus que sur la même période en 2017.

Au total, la consommation finale a contribué à hauteur de 5,3 points de pourcentage à la croissance du PIB au premier trimestre, soit près de 78% de la croissance totale. Cela est dû en partie, bien sûr, à un effet saisonnier: la consommation a tendance à être concentrée autour du Nouvel An lunaire, et la production diminue en raison des longs congés. Pour l’ensemble de l’année 2018, la consommation devrait contribuer à hauteur d’environ 60% à la croissance globale, ce qui reste nettement supérieur à la moyenne de 50% sur la période 2001-2015.

Des perspectives de croissance plus modérées

La Chine devrait connaître une croissance plus modérée durant le reste de l’année 2018. La tendance de long terme d’une augmentation de la consommation en Chine devrait vraisemblablement se poursuivre pendant des années, mais le potentiel d’accélération de la consommation à court terme paraît limité.

Dans l’ensemble, la croissance vigoureuse du PIB chinois au premier trimestre dissipe les craintes d’une forte décélération de la deuxième économie mondiale. Une plus faible dynamique de croissance est à prévoir à l’avenir, cette dernière étant moins portée par les investissements et l’activité industrielle. La consommation devrait se maintenir mais, une embellie plus forte encore étant peu probable, elle ne pourra pas compenser entièrement la décélération dans d’autres secteurs. Cela étant, le taux de croissance attendu de 6,6%, s’il est atteint, reste un chiffre très honorable en 2018.

Deux risques pèsent sur ce scénario assez optimiste. Sur le front intérieur, les efforts de désendettement entrepris par le gouvernement, sans doute positifs sur le long terme, pourraient entraîner des difficultés à court terme et on ne peut exclure le risque de mesures mal calibrées, comme un resserrement excessif des conditions de financement.

Sur le front extérieur, le risque d’une guerre commerciale pourrait créer des difficultés plus importantes encore. Pour l’heure, les Etats-Unis et la Chine devraient pouvoir résoudre leurs différends commerciaux par la négociation, bien que les enjeux et les risques aient augmenté. Mais on ne peut pas exclure la possibilité de nouvelles salves de mesures commerciales venant des deux parties.

Stratégie Endettement
Chen

par
Dong Chen
Senior Asia Economist
Pictet Wealth Management

Endettement


Les effets réels de la dette des entreprises et de la dette publique


A la suite de la crise financière mondiale, la dette de la Chine suscite l'attention des milieux universitaires, politiques et financiers. Pour stimuler l'économie, le gouvernement chinois a introduit un «package» de 4 milliards de yuan (environ 590 milliards de dollars), ce qui soulève la question de la dette publique. En outre, la Chine connaît une émission massive d'obligations internationales par les entreprises, provoquant bien des interrogations concernant la dette des entreprises dans le pays.



Les conséquences de la crise financière mondiale ont été associées à une forte augmentation des emprunts à l'étranger par les ressortissants des marchés émergents. Entre 2007 et 2016, l'encours des obligations internationales émises par des ressortissants de pays en développement est passé de 1,1 billion de dollars à plus de 3,1 billions de dollars. Les sociétés non financières ont joué un rôle important dans cette poussée des obligations internationales.

En fait, la Chine est un acteur crucial dans cette récente augmentation des émissions obligataires parmi les pays émergents. Les obligations internationales émises par des ressortissants chinois représentaient 3,5 % du total des obligations internationales émises dans les pays émergents en 2007 et représentent maintenant plus de 20 %. Le montant en dollars des obligations en circulation est passé de 20 milliards de dollars en 2007 à 823 milliards de dollars à la fin de 2016. De plus, la part de ces obligations libellées en dollars américains est passée de 66 % en 2007 à 85 % en 2016. Plus important encore, ce qui motive l'assurance du dollar en Chine est l'écart entre les taux d'intérêt nationaux et étrangers. Et les écarts augmentent la probabilité d'assurance en obligations en dollars par les «entreprises à risque» et diminuent cette même probabilité pour les «entreprises d’exportations et rentables».

En regardant attentivement les principaux modèles d'émissions d'obligations internationales par les sociétés non financières chinoises, nous constatons que l'émission d'obligations en dollars est corrélée positivement à la taille et au niveau d’endettement de l'entreprise, mais qu'il n'y a pas de corrélation entre la rentabilité de l'entreprise et la probabilité d'émettre des obligations en dollars. Toutefois, les données indiquent que les entreprises qui appartiennent à des secteurs économiques à risque sont plus susceptibles d'émettre des obligations en dollars. Étonnamment, les exportateurs (les entreprises qui ont une couverture naturelle contre les fluctuations monétaires) sont moins susceptibles d'émettre des obligations libellées en dollars. Il existe également une corrélation positive entre les émissions en dollars et l'écart entre les taux d'intérêt domestiques et étrangers.

Ces résultats sont conformes à l'hypothèse selon laquelle les entreprises sûres et rentables ayant de bons projets d'investissement n'empruntent pas beaucoup à l'étranger. Lorsqu'elles le font, elles utilisent leurs recettes pour financer des projets d'investissement. Les entreprises plus risquées tentent plutôt d'accroître leur rentabilité en s'engageant dans des activités spéculatives qui imitent le comportement des institutions financières tout en échappant à la réglementation prudentielle qui limite la prise de risque des entreprises financières à fort endettement. Il s'agit en réalité d'une forme de «banque fantôme».

Pour protéger la vulnérabilité financière croissante des entreprises, les autorités chinoises ont resserré l'accès au crédit intérieur (prêts bancaires et émission de titres) pour les entreprises qui opèrent dans des secteurs économiques jugés risqués en 2008. Nous estimons que l'appartenance à un secteur à risque est essentielle pour expliquer les prêts entre entreprises dans la période post-2008, les prêts à risque ayant en effet augmenté après les chocs réglementaires.

Dette des administrations locales et éviction des investissements privés

Concernant la dette publique, la Chine a réagi à la crise financière mondiale avec des mesures de relance budgétaire massives. En novembre 2008, le gouvernement a annoncé un «package» de 4 billions de yuans (environ 590 milliards de dollars US). Le plan a été mis en œuvre immédiatement et la plupart des fonds ont été portés par les administrations locales. Le plan de relance était axé sur l'investissement. En 2009, le taux de croissance de la formation de capital fixe a presque doublé par rapport à la période d'avant crise, et la contribution de l'investissement fixe à la croissance du PIB chinois a été proche de 90 %. Cette poussée des investissements a été réalisée en injectant des ressources financières dans les entreprises publiques et les projets d'infrastructure locale. Dans le cadre du plan de relance, de nouveaux crédits bancaires ont été accordés de manière disproportionnée à des entreprises publiques plutôt qu'à des entreprises privées plus productives.

A première vue, le stimulus fut un succès retentissant. La Chine a échappé à la Grande Récession et est devenue l'un des principaux moteurs de la croissance économique mondiale. Cependant, cela a eu pour effet d'exacerber un problème de longue date de l'économie chinoise, à savoir que les entreprises privées à forte productivité financent leurs investissements grâce à l'épargne interne, tandis que les entreprises publiques à faible productivité survivent grâce à un accès plus facile au crédit.

La dette des administrations locales est passée de 1,2 trillions (5,8 % du PIB) à 12,5 trillions de yuans (22 % du PIB) entre 2006 et 2013, ceci basé sur des données relatives aux véhicules de financement des administrations locales (Local Government Financing Vehicles) dans 261 villes préfectorales. Alors que les émissions obligataires ont connu une croissance spectaculaire ces dernières années (de 6% de la dette totale LGFV en 2006 à 21% en 2013), le volume de l'encours obligataire est bien inférieur à la dette totale, qui se compose principalement de prêts bancaires.

Dans un marché financier intégré à l'échelle nationale, il n'y a aucune raison de s'attendre à ce que la dette des administrations locales affecte l'investissement local ; l'émission de la dette des administrations locales déclenche une augmentation des taux d'intérêt locaux, attirant des capitaux du reste du pays et pouvant entraîner une augmentation de l'épargne locale. En fin de compte, la part la plus importante de la dette publique locale est détenue par les investisseurs dans tout le pays, et toute éviction de l'investissement privé se produit au niveau national. Cependant, si le marché financier est segmenté géographiquement, le déséquilibre et son impact sur l'investissement sont localisés. C'est en réalité le cas de la Chine dont la segmentation du marché financier est bien documentée dans de nombreuses études. Dans une telle situation, à moins que l'épargne locale n'augmente pour d'autres raisons, placer une dette publique locale supplémentaire auprès des banques locales exige un resserrement du crédit au secteur privé local (moins d'un pour un s'il y a une segmentation imparfaite).

Ainsi il apparaît que l'investissement des entreprises manufacturières privées est significativement plus faible dans les villes où l'émission de la dette publique locale est plus importante, tandis que les entreprises manufacturières publiques et étrangères ne sont pas affectées par l'émission de la dette publique locale.

La dette des administrations locales est-elle particulièrement dommageable pour les industries qui ont besoin de plus de financement externe ? La dette publique influe-t-elle sur l'investissement en resserrant les contraintes de crédit des entreprises privées? Nous montrons que la dette des administrations locales est associée à un investissement nettement inférieur de la part des entreprises manufacturières privées nationales qui ont besoin de ressources financières extérieures, mais elle n'est pas associée à l'investissement des entreprises manufacturières publiques et étrangères.

La dette des administrations locales resserre-t-elle les contraintes de crédit? Nous constatons qu'elle influe sur la sensibilité aux flux de trésorerie des entreprises du secteur privé, mais pas sur celle des entreprises d'État et des entreprises étrangères. Nos résultats sont solides pour estimer conjointement une équation d'investissement et une équation mesurant la probabilité qu'une entreprise soit soumise à des contraintes de crédit.

Ses impacts sur l'économie et la croissance

Quel sera l'impact de la dette sur la croissance économique future de la Chine ? La réponse n'est pas simple. Toutefois, le problème actuel de la dette en Chine a eu plusieurs conséquences involontaires, auxquelles les décideurs et les chercheurs universitaires prêtent attention. Premièrement, la dette publique croissante a contribué à la croissance rapide des banques parallèles, dont les actifs sont passés de 4,5 billions de yuans (14 % du PIB) en 2008 à 11 billions (27 % du PIB) en 2010.

Le doublement de la taille du secteur bancaire parallèle a coïncidé avec un bond de l'écart entre le taux des prêts parallèles et le taux officiel. La dette publique a également évincé l'investissement des entreprises privées en resserrant leurs contraintes de crédit. Cette réaffectation des investissements du secteur privé vers le secteur public risque de sous-estimer le potentiel de croissance à long terme de la Chine, en particulier dans les régions où les gouvernements locaux ont émis le montant le plus important de la dette. La dette publique a également renforcé le lien entre les banques et l'État en Chine. Il s'agit d'une menace pour la stabilité systémique, comme l'a démontré avec force la crise de la dette souveraine de la zone euro.

Deuxièmement, l'endettement des entreprises a incité les sociétés non financières à risque à emprunter à l'étranger. Selon nous, la crise financière mondiale stimule l'émission d'obligations étrangères par les entreprises non financières chinoises plutôt que par les entreprises rentables, ce qui favorise les «entreprises à risque». Les décisions réglementaires qui visaient à limiter leur prise de risque en limitant leur accès aux fonds nationaux, font que les entreprises à risque accèdent à la dette extérieure. L'augmentation de la dette des entreprises de ce type est susceptible d'exercer une pression sur la croissance économique de la Chine à l'avenir.

Conjoncture Matières premières
Huang

par
Yi Huang
Professeur
Institut des hautes études internationales et du développement - Genève

Matières Premières


Quand la transition écologique bouleverse les marchés


A l’occasion de la sortie annuelle du rapport CyclOpe, Yves Jégourel, son Directeur adjoint, nous donne son point de vue sur l’impact des politiques chinoises sur le marché des matières premières. Pour lui, nous nous trouvons bien face à un nouveau cycle.



Comment qualifierez-vous l’influence de la Chine sur le marché des matières premières?

L’influence de la Chine est évidemment déterminante. Elle représente une demande essentielle sur la quasi-totalité des matières premières. La croissance économique chinoise a donc un impact déterminant sur le niveau des prix des matières premières renouvelables et non renouvelables. C’est aussi un effet exacerbé dans un certain nombre de filières, particulièrement les minerais et les métaux. La sidérurgie chinoise va impacter le niveau des prix de l’acier et par effet de rebond le niveau des prix du charbon à coke, du minerai de fer. C’est vrai pour l’acier, aussi pour l’aluminium… On a tendance à présenter la Chine comme un extraordinaire consommateur de matières premières mais c’est également un producteur.


Le changement du modèle de croissance de la Chine impacte-t-il le marché?

Il faudrait tout d’abord discuter du changement de modèle. Il y a bien sûr la volonté de réorienter le moteur de la croissance chinoise, qui était tirée par les exportations, vers la demande interne. On s’est toujours inquiété de l’impact de cette modification du modèle économique sur le niveau des prix. Aujourd’hui, matières premières agricoles à part, on assiste à un très fort rebond depuis fin 2015, parce que finalement le système se maintient, tout comme le niveau des prix. C’est évidemment une question que l’on se pose mais sa transcription en termes de prix n’est pas visible. Par contre, ce qui est absolument déterminant dans la politique chinoise, ce n’est pas le modèle économique en tant que tel mais bien plutôt la transition écologique. On a beaucoup parlé du cycle des matières premières voire du super cycle des matières premières, avec une explosion des prix de 2002 à 2012 puis un passage plus compliqué de 2012 à 2014, une chute à partir de 2014 avec un point bas fin 2015-début 2016. Aujourd’hui, cela repart à la hausse, la question étant: nous trouvons-nous à l’amorce d’un nouveau cycle ? Ma réponse serait oui, pour toutes les matières premières non renouvelables liées d’une façon à une autre à la transition écologique. C’est-à-dire les matières nécessaires aux voitures électriques par exemple. Le prix du cobalt explose, le prix du cuivre et de l’aluminium se comportent très bien, tout comme le nickel, utile pour la fabrication des éoliennes. A l’inverse, les métaux du type platine, présent dans les pots catalytiques des voitures à moteurs diesel, ont une dynamique plutôt négative. Il y a donc un impact important, mais sectoriel.


Le gouvernement chinois a donc pris des mesures pour lutter contre la pollution. Comment cela se traduit-il sur le marché des matières premières?

C’est effectivement le deuxième volet. Les dirigeants chinois ont voulu rendre plus propre le processus de production. On a ainsi vu la fermeture d’usines dans la sidérurgie avec des répercussions sur les prix : 50% de l’acier mondial est produit en Chine, donc moins d’offre avec une demande qui se maintient permet aux prix de rester à un niveau élevé. Cependant, la vraie question est qu’au-delà de l’effet conjoncturel, que va-t-il se passer?


L’économie chinoise suscite actuellement quelques préoccupations. Sa croissance ralentit et le montant de la dette (qu’elle soit publique, des entreprises, des ménages) s’accroît. Y a-t-il un risque d’investissement moindre de la part de la Chine dans les matières premières?

Il faut tout d’abord être précis dans les termes. Il faudrait à mon sens parler de ralentissement de la croissance de la demande. Concernant le modèle économique chinois, nous avons des interrogations car la Chine est un navire énorme et il faut savoir le piloter. Mais j’ai l’impression que cela fait deux ans que l’on se pose ces questions et que le navire chinois navigue plutôt bien et que le contexte macroéconomique est plutôt favorable. Cependant, ne va-t-on pas assister à un surinvestissement au niveau mondial, suite à cet effet rebond qui créerait les conditions d’une baisse des prix ? Malgré tout, je crois que le pragmatisme chinois est bien présent. D’ailleurs, à partir de la chute des matières premières en 2014, un désinvestissement a eu lieu de la part des groupes cotés, occidentaux mais aussi chinois qui ont renforcé leur positionnement sur un certain nombre de secteurs, notamment en Afrique. Par ailleurs, les réformes chinoises comprennent la rationalisation de l’activité industrielle, l’idée étant de faire émerger des leaders, je pense à la sidérurgie, permettant des économies d’échelle, une force de frappe financière plus importantes et une certaine capacité d’absorber les contre-coups de l’économie mondiale.


Vous ne prévoyez donc pas de perturbations sur le marché des matières premières?

Ce qui m’interroge aujourd’hui, ce n’est pas tant le fait que les prix remontent pour les matières premières non renouvelables (minerais, métaux et énergie), que l’ampleur de la hausse et la composante spéculative des prix. J’ai le sentiment qu’il existe, notamment autour des métaux environnementaux, une rhétorique de la pénurie, des prix flambent, qui pourrait créer les conditions d’un repli dans quelques années. Je vois des risques au niveau mondial, des risques géopolitiques. Les valorisations sur les marchés financiers sont bonnes, les taux d’intérêt devraient remonter, les conditions de financement pouvant donc être plus compliquées. Les banques centrales devraient réussir à gérer la transition, mais on ne peut pas exclure un risque de surréaction.


La Chine et les Etats-Unis viennent de s’entendre pour mettre fin à leurs tensions commerciales. La Chine a accepté un accroissement des exportations américaines dans le secteur de l’agriculture et de l’énergie. Quelles matières premières seraient concernées?

Le soja est un grand sujet. Ce qui arrive était prévisible. Ces deux grands géants ne peuvent pas se combattre. Mais il faut reconnaître que la Chine a beaucoup exporté. Productrice et consommatrice, dès lors qu’elle consomme moins en raison d’un changement de modèle économique, elle restaure des capacités à l’exportation, ce qui peut impacter les marchés. On est donc revenu à une réalité économique, ce qui est sain. Car nous savons qu’il n’y a pas de gagnant à une guerre économique.

Endettement Investir
Jegourel

Questions à...
Yves Jégourel
Directeur adjoint
Cercle Cyclope



Ci-dessous un extrait de notre interview
réalisée via skype le 28 mai 2018
© Banque&Finance

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Investir

Natacha

par
Natacha Guerdat
Associée Fondatrice
Conser Invest



Ci-dessous la vidéo d'Al Gore
à propos de l'investissement durable
enregistrée le 21 mai 2018
et publiée par le © Financial Times

ESG et politique de placement


Des avantages et si peu d’inconvénients


La prise en compte des facteurs environnementaux, sociaux et gouvernance (ESG) gagne progressivement en importance en Europe, mais également en Suisse.



F

in 2016, l’étude de Swiss Sustainable Finance présentait des chiffres très positifs pour le marché domestique. La masse sous gestion intégrant des critères d’investissement durables a atteint le record de CHF 266 milliards. Ce volume n'a cessé d'augmenter depuis 2012, . Les chiffres 2017 sont attendus prochainement et devraient confirmer cette tendance. En effet, la probabilité d'un renforcement réglementaire est élevée.

Deux moteurs particulièrement intéressants, la création de l’Association Suisse pour des investissements responsables (SVVK-ASIR) qui regroupe des caisses fédérales (AVS, Publica, La Poste, CFF...). De même, l'association Suisse des fondations d'utilité publiques (swissfoundations) a rédigé un code de gouvernance qui recommande à ses membres d'intégrer le concept de durabilité dans leurs activités de gestion de patrimoine. Encore récemment, la Caisse de pension Migros a déclaré que tous ses gestionnaires externes seraient tenus de respecter des «normes ESG minimales».

Les exigences liées à la transparence du portefeuille évoluent rapidement. Les fonds de retraite français sont déjà tenus légalement de documenter et de publier des indicateurs ESG. La commission européenne traite de la question et la Suisse ne saurait se singulariser.

D'une manière générale, les caisses de pensions suisses seraient très avisées de mettre en place une politique de transparence volontaire plutôt que d'être obligées de le faire de manière imposée à la suite d’une législation fédérale sanctionnant leur inaction, à l'image de l'initiative Minder et du vote obligatoire sur les rémunérations.

De quoi parle-t-on?

Ces facteurs extra-financiers mettent en évidence les risques économiques réels qui touchent les entreprises lorsqu’elles sont exposées à des enjeux du type du changement climatique ou la limitation de l’accès à certaines ressources. Par ailleurs, l’impact de controverses sociales majeures ou à une gouvernance déficiente peuvent impacter durablement la rentabilité. Les principes du développement durable sont d’ailleurs graduellement intégrés dans le devoir fiduciaire.

Ces enjeux accroissent certes la pression sur les modèles économiques des entreprises, pour autant ils représentent également de formidables opportunités. Adapter son «business model» au développement durable permet d’anticiper des changements, volontaires ou forcés, dans les habitudes de consommation globales.

Comment intégrer l’ESG dans sa politique de placement pour en tirer tous les avantages? Certains investisseurs ont une stratégie d’investissement responsable avec des fonds spécifiques, mais ont aussi une grande part de leur fortune en fonds passifs, comme des ETF, qui répliquent de grands indices traditionnels. Ce qui n’est pas mauvais en soi mais les exposent, parfois sans qu’ils s’en rendent compte forcément, à des secteurs polluants ou à des controverses. se côtoient et peuvent parfois se combiner.

Et la performance?

L’investisseur doit avancer par étapes. La première consiste à évaluer et mesurer pour le portefeuille les expositions, positives et négatives, aux enjeux ESG. La deuxième est d'établir les principes généraux d'intégration ESG et leur mise en œuvre dans le processus d'investissement.

La première étape est la plus simple. Grâce à des outils de screening, tels que ceux proposés par Conser, Il est possible désormais d’évaluer simplement le niveau de durabilité des entreprises et des Etats qui composent un portefeuille ; en mesurer l’exposition aux controverses majeures ainsi que l’impact social et environnemental. L’exposition au changement climatique et l’empreinte carbone font aussi partie de l’analyse. Une information qui renforce la connaissance et la capacité de l’investisseur à valider le travail de ses gestionnaires.

Fonds

fonds ISR


Quelle dynamique en Suisse?


L’ISR gagne du terrain partout dans le monde, y compris en Suisse. Etat des lieux.



ESG, ISR, "Impact Investing, quel que soit le label, la question du développement durable et de l’investissement responsable irrigue de plus en plus le monde de la gestion d’actifs. Et ce à l’échelle globale. Le nombre d’adhérents aux principes du PRI (Principles for Responsible Investment), le programme des Nations Unies en faveur de l’investissement responsable, est passé de 63 en 2006 à 1714 en avril 2017. Les actifs sous gestion ont suivi un rythme soutenu, passant de 6,5 trillions de dollars à 68,4 trillions au cours de la même période, soit une croissance de près de 24% par an.

La prise de conscience à l’égard du développement et de l’investissement durables n’est pas que l’apanage des «Millennials», réputés sensibles aux questions de durabilité, y compris lorsqu’il s’agit d’épargne.

Après les entreprises, les grands investisseurs institutionnels ont suivi le mouvement, en s’organisant à travers différentes associations (GSIA, Eurosif). La demande institutionnelle en matière d’investissement responsable progresse. Une récente enquête conduite par Goldman Sachs Asset Management montre que 40% des assureurs intègrent des critères ESG dans leur processus de décision en matière d’investissement, contre 32% en 2017 (l’ensemble des acteurs sondés représentent quelques 10 trillions de dollars en termes de bilans agrégés).

Aux Etats-Unis, CALPERS, l’un des plus gros fonds de pension, considère qu’il est important de prendre en considération les enjeux ISR (changement climatique, inégalité, crise financière) pour atteindre son objectif de rendement sur le long terme, lequel lui permet de servir les pensions de ses affiliés.

Les fonds ISR en Suisse

Selon les données Morningstar, les fonds disponibles à la vente en Suisse (mais dont les investisseurs peuvent être des ressortissants d’autres pays d’Europe que les ressortissants suisses) représentent un encours global de 4’251 milliards d’euros (données au 27 avril 2018).

Sur ce total, les fonds labélisés ISR («Socially Conscious») ne représentent que 179 milliards d’euros (4,2%). En Europe, les fonds ISR représentent un encours global de près de 491 milliards d’euros, soit 5,3% de l’ensemble des fonds agréés à la vente (1779 fonds labelisés ISR sur un total de 31102 pour lesquels Morningstar dispose de données sur la taille des actifs et les frais).

Le record de collecte sur une année est intervenu en 2013 avec 16,2 milliards d’euros. Il est intéressant d’observer que ces stratégies ont toujours collecté, y compris au cours des épisodes de forte volatilité sur les marchés financiers (2008, 2011, 2013, 2015).

En Suisse, les fonds labelisés ISR ne se distinguent pas en termes de surperformance par rapport aux fonds non ISR. L’écart de performance entre les deux types de fonds varie de manière significative sur certains horizons de temps. Par exemple, la performance moyenne des fonds actions ISR a été de 5,35% par an sur 10 ans (données à fin mars 2018) contre 6,87% pour les fonds non labelisés ISR.

Si l’on se restreint aux fonds notés positivement par la recherche Morningstar (fonds notés Bronze, Silver ou Gold), on obtient de meilleures performances, mais toujours un écart entre les fonds ISR et non ISR, à la faveur de ces derniers: sur 10 ans, la performance du premier groupe est de 7,31% contre 8,11% pour le second groupe.

Il est difficile de tirer des enseignements définitifs, car au sein des actions comme des obligations, on trouve une très grande variété de stratégies. Si l’on isole certaines catégories populaires ces dernières années auprès des investisseurs, comme les actions européennes par exemple, on trouve néanmoins des résultats similaires.

Est-ce à dire que l’ESG n’est pas utile ou ne se différencie pas en termes de performance? , on observe deux choses: la proportion de fonds notés 4 et 5 étoiles est supérieure pour les fonds non ISR (22% contre 19%), tandis que la proportion des fonds notés 1 et 2 étoiles est inférieure pour les fonds ISR (respectivement 41% contre 43%). De même, la proportion de fonds notés 3 étoiles est plus importante du côté des fonds ISR (40% contre 34%). Là encore, il est difficile d’en tirer une conclusion définitive, en raison de la diversité des classes d’actifs et des stratégies sous-jacentes, et sans doute aussi d’autres biais statistiques ou de l’absence d’un échantillon plus significatif dans le temps.

Du bon usage des critères ESG

A eux seuls, les critères ISR ne sont pas l’unique sésame pour trouver des fonds qui répondront aux attentes des investisseurs, mais ils peuvent servir d’un filtre supplémentaire qui leur permettra d’atteindre leurs objectifs financiers.

La demande pour une offre ISR est bien réelle. Les sociétés de gestion adaptent leur offre en conséquence. Mais les meilleurs gérants, ceux à qui les analystes Morningstar attribuent une note positive, ne se distinguent pas uniquement par leur approche ISR, même si elle leur permet de se focaliser sur des entreprises qui sont mieux à même de créer de la valeur durablement. Ils se distinguent aussi par la qualité des équipes de gestion, la stabilité du processus d’investissement, des frais les plus faibles possibles et un bon alignement de leurs intérêts avec ceux de leurs clients.



Précisions sur les données Morningstar. Les données ayant servi à la réalisation de cet article comprennent les fonds ouverts agréés à la vente en Suisse. Pour chaque fonds, nous avons retenu la part la plus ancienne («Oldest Share Class»). Les fonds ISR («Socially Conscious») sont ceux dont le prospectus mentionne explicitement un mandat de gestion qui respecte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ou ESG. Morningstar propose en outre une notation ESG des fonds à partir de leur inventaire de portefeuille. Les fonds pour lesquels au moins 50% du portefeuille disposent d’un score déterminé par le cabinet d’analyse extra-financière Sustainalytics (dont Morningstar détient 40% du capital) font l’objet d’une notation de 1 à 5 globes («Morningstar Sustainability Rating»), une note de 5 étant considérée comme la meilleure (élevée) et 1 global comme la moins bonne (basse).


Marché BNS
Jocelyn

Par
Jocelyn Jovène
Rédacteur en chef
Morningstar France

Banque Nationale Suisse


Pas si verte que cela?


Co-directrice de l'association "Les artisans de la transition", Susana Jourdan évoque quelques uns des résultats de l'étude reconduite cette année à propos des investissements "verts" de la BNS.



Vous avez analysé le portefeuille actions de la Banque nationale suisse. Que peut-on dire des placements de la BNS? Favorise-t-elle des investissements durables?

Nous avions déjà publié en 2016 un rapport sur les investissements de la Banque nationale suisse (BNS) à la bourse américaine. Nous avions alors montré que les émissions de carbone dues à l’activité des entreprises dans lesquelles la BNS avait investi, en proportion de ce qu’elle détient, étaient égales aux émissions de la Suisse. Cela nous donnait une première idée. Nous avons aussi montré que si la BNS avait retiré toutes les entreprises faisant partie de la liste des entreprises exploitant les plus grandes réserves de pétrole, de charbon et de gaz, elle aurait réduit de moitié son impact climatique et gagné du point de vue des performances financières. L’étude que nous avons publiée en avril dernier confirme ces résultats. Le portefeuille analysé est quasiment le même, a été ajouté le portefeuille à la bourse de Londres. Les émissions sont donc tout autant importantes. Ce qui nous a un peu surpris, c’est que l’avantage financier aurait été plus conséquent ces trois dernières années.


Effectivement, d’après une simulation, un portefeuille assaini représenterait un gain de 20 milliards francs sur les trois dernières années...

L’étude s’est focalisée sur les entreprises qui ont le pouvoir de modifier le cours du changement climatique. Elles sont inscrites sur une liste intitulée Carbon Underground 200, qui regroupe donc les 200 entreprises cotées en bourse qui exploitent le plus de réserves de carbone dans le sous-sol. Le cabinet ISS-Ethix a réalisé une simulation du portefeuille en retirant les placements dans ces entreprises du Carbon Underground 200 et en plaçant cet argent dans des sociétés qui ont un impact positif pour l’environnement ou sont engagées à réduire leurs émissions conformément aux objectifs fixés par l’accord de Paris. En utilisant les cours Bloomberg, nous avons pu voir comment évoluaient les deux portefeuilles. Nous ne sommes pas des analystes ni des conseillers financiers. Par contre, notre rôle est de dire que la BNS, un des dix plus grands investisseurs institutionnels au monde, a une responsabilité particulière et que ses investissements sont contraires aux intérêts de la Suisse.


Comment expliquez-vous la position de la BNS?

Tout d’abord, les banques centrales sont des institutions totalement indépendantes et prennent des décisions selon des critères qui leurs sont propres. Ensuite, la BNS estime que sa politique de placement ne regarde qu’elle et qu’elle intervient de manière neutre sur les marchés. C’est une position traditionnelle mais qui devient complètement caduque. L’accord de Paris change la donne car il demande, par l’article 2, que les flux financiers soient orientés en accord avec l’objectif de deux degrés, voire de 1,5 degré. Ce qui veut dire qu’il faut agir au plus vite, sans tarder. La BNS est indépendante, mais si elle ne comprend pas sa responsabilité sur le plan du climat, il faut l’aider à y voir plus clair. C’est pourquoi l’initiative parlementaire d’Adèle Thorens, qui demande de modifier la loi sur la BNS afin de préciser la notion d’intérêt général qui y figure en introduisant une référence à l’article 2 de la Constitution, qui évoque la durabilité et la préservation des ressources naturelles, paraît être la voie à suivre.

Fonds Réseau FC4S

Genève va accueillir le réseau FC4S


Trois questions à ...Nicholas C. Niggli


Directeur général du développement économique, de la recherche et de l'innovation au sein du Département présidentiel de la République et du Canton de Genève, Nicholas C. Niggli a été au cœur des négociations qui ont abouti à l'annonce de l'implantation locale du réseau Financial Centres for Sustainability.



Le siège mondial du réseau Financial Centres for Sustainability s’installera à Genève, qui était en concurrence avec Shanghai, Londres ou Paris. Selon vous, pourquoi le choix s’est-il porté sur Genève? Quels sont ses atouts?

On ne peut pas parler de concurrence, les acteurs autour de la table étant tous unis et engagés vers un but commun: celui de développer et d'accélérer la montée en puissance de la finance durable. S'agissant d'œuvrer de concert en faveur de l'économie verte et sociale, il n'a jamais été question de rivalité ou de compétition, mais plutôt de co-création et d'innovation pour répondre aux défis des générations futures.

La venue du réseau FC4S au cœur de la Genève internationale est totalement cohérente avec les intentions des membres qui le composent. C'est en effet historiquement au bout du Léman que s'élabore une partie significative des grandes réponses aux défis écologiques de notre temps, comme l'action climatique, la préservation de la biodiversité, la déforestation ou encore la gestion des déchets dangereux. Le canton, en tant que centre de gouvernance mondiale le plus actif au monde et pôle de compétence reconnu en matière de paix, de sécurité, de désarmement, d'action et de droit humanitaire, de migrations, de santé, de sciences et de télécommunications, de commerce, etc., permet en effet déjà à la plupart des secrétariats des conventions dans le domaine environnemental de coordonner leurs activités.

Le réseau FC4S est par ailleurs complémentaire au maillage cantonal de fintechs et de spécialistes de la microfinance, ainsi qu'au solide écosystème bancaire genevois existant, dont le dynamisme est depuis de nombreuses décennies mondialement reconnu. Elle promet aussi d'importantes synergies avec l'innovation locale, à travers notamment la plateforme GE=Ci2. Tout est réuni à Genève (concentration exceptionnelle d'acteurs clé, conditions-cadres, infrastructures, etc.) pour faire en sorte d'échanger des expériences et de mener des actions communes sur des priorités partagées, afin d'accélérer l'expansion de la finance verte et durable.


D’après vous, les acteurs locaux sont-ils prêts à changer leur politique d’investissement?

Les leaders du monde économique et de la société civile chiffrent à hauteur de 12’000 milliards de dollars - pour 24 millions d'emplois supplémentaires - les nouveaux marchés susceptibles de s’ouvrir, d’ici à 2030, rien que dans les domaines liés au changement climatique et à l’innovation durable. Seules les sociétés et les entreprises capables de mettre ces urgences au cœur de leur modèle d’affaires vont pouvoir tirer leur épingle du jeu, en attirant le capital humain et financier nécessaire à leur croissance. Les acteurs genevois l'ont parfaitement compris, sinon déjà intégré.

Je parle ici du secteur financier local et ses 6'675 entreprises, soit une concentration d'expertise unique au monde. Mais aussi les innombrables PME, ainsi que les 1'651 multinationales déjà installées et actives dans des secteurs extrêmement variés et employant une grande partie des 40'000 résidents internationaux présents sur le territoire genevois. La finance durable représente aujourd'hui un relais de croissance important. Mais c'est aussi un vecteur de différenciation. Ce nouveau pan d'activité répond à un désir croissant des clients de la gestion de fortune traditionnelle, en particulier les jeunes générations, d'apporter une nouvelle dimension à leurs placements.

Ces dernières années, de nombreuses banques et gérants d’actifs se sont clairement positionnés sur la durabilité. La plupart d’entre eux ont construit une véritable offre de fonds relatifs à ce domaine d’avenir, en qualité comme en quantité. Par exemple, la banque Pictet compte 26 fonds durables (notés de 3,1 à 4,9 sur 5). UBS, qui dispose d'un département consacré à la philanthropie, et Credit Suisse affichent environ 17 instruments. D’autres groupes internationaux comme BNP Paribas (près de 50 fonds durables notés sur la plateforme) disposent aussi d’une forte expertise en la matière. Lombard Odier est clairement positionné sur l’impact investing. En outre, nombre de plus petites structures locales sont très compétitives sur des segments de niche. Et j’en passe... A Genève, finance durable ne rime pas avec opération marketing. Son essor est le résultat d'une vision concrète. Il se traduit par des efforts réels et remarquables, qui sont heureusement parfois remarqués.


Quelles actions le canton compte-t-il entreprendre pour renforcer l’écosystème genevois? Quel rôle le politique peut-il jouer?

Le rôle de la coopération internationale en matière d'investissements durables est aujourd'hui reconnu comme l'une des tendances majeures qui façonne l'avenir des marchés de capitaux mondiaux. L'arrivée du réseau FC4S entre en parfaite résonnance avec la Stratégie économique cantonale 2030, dont l'un des axes prioritaires définis par le conseiller d’Etat Pierre Maudet, vise à renforcer Genève dans son statut de carrefour international de la finance durable.

Le canton a par ailleurs été le premier à émettre des obligations vertes, le 9 novembre dernier, pour des investissements respectueux de l’environnement. Ce ne sont pas moins de 620 millions qui ont été levés par l'Etat. Et ce, en une heure seulement, les prêteurs ayant été intéressés à avancer le double. Sachant que la place financière suisse génère déjà 30% des investissements durables dans le monde, le marché international des «green bonds» devrait progresser de 30% cette année (+80% par an depuis 2013), pour des émissions totales approchant 186 milliards de francs).

Grâce aux passerelles entre les Nations unies et les banques, la Suisse et Genève font figure de pionnières dans l’investissement durable. Le premier fonds d’engagement actionnarial est né sur le territoire helvétique. L’impact investing aussi. Et notre pays reste le leader mondial de la microfinance, avec 36% des avoirs globaux.

L'intérêt et le dynamisme genevois en matière de durabilité s'exprime un peu partout. L’Université de Genève a, par exemple, mis en place un cours en finance durable depuis 2011. Le Geneva Finance Research Institute a nommé un professeur assistant en finance responsable (2014), ce qui constitue une première nationale. Certains acteurs genevois figurent même à l'avant-garde suisse en matière d'obligations vertes. Comme le CICR, qui a dernièrement créé la toute première «obligation à impact humanitaire» et levé 26 millions de francs dévolus à la santé en Afrique. Ou encore l’accélérateur Fusion (fintech), qui s’est lié à Terre des Hommes pour diriger un Week-end Challenge destiné à créer des start-up ayant un réel impact social, via l’introduction de la technologie blockchain. Cette démarche s'est faite à travers la plateforme Stellar (traçage des opérations aurifères à petite échelle au Burkina Faso, micro-services bancaires aux adolescents sans-abri en Afrique de l’Ouest, améliorer les systèmes d’identification et de suivi du travail, ainsi que les stratégies de collecte de fonds pour les organismes sans but lucratif). Le canton, en partie grâce à la vision politique de ses autorités, a pleinement le potentiel pour devenir une "Silicon Valley" de l'économie responsable et inclusive.


BNS En chiffres
niggli

Questions à...
Nicholas C. Niggli
Directeur général DGDERI
République et Canton de Genève

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edito

"La face cachée des îcones de la finance"
par
Michel Girardin
Banquier - Économiste - Photographe